Exil Schweiz

1942-1947

 

Après avoir traversé clandestinement la frontière Suisse le 8 Septembre 1942, Anton Räderscheidt, Ilse Salberg et sa fille Brigitte ont été internés dans le camp de triage d’Eriswil dans le Canton de Berne. Räderscheidt a été ensuite interné au Camp de Leysin près d’Aigle à côté du Lac de Genève, puis au Foyer des émigrants à Magliaso dans le Tessin avant de rejoindre l’Hôtel Bären à Münchenbursee. Ilse Salberg a été internée au Camp de Girenbad près d’Hinwil. Alors que Räderscheidt travaillait dans les champs, elle devait tricoter 7 heures par jour malgré son manque de talent pour ce genre d’occupation. Sa fille Brigitte, qui n’avait que 11 ans,  a été confiée à des familles d’accueil après délibérations des chefs de Camp,  puis à un jardin d’enfants à Aeugs. Décision inhumaine de séparer une si jeune enfant de sa mère. Pour les réfugiés politiques  et ethniques, la Suisse ne s’est pas montrée généreuse. La Suisse, comme nous le savons aujourd’hui, n’a été en aucun cas un Pays d’accueil pour les exilés. La politique officielle de la Suisse pour les réfugiés,  a été  appliquée avec une rigueur excessive basée sur la frayeur. A la fin de la guerre, lorsque la vérité éclata sur l’existence de camps d’extermination, la position de la Suisse s’avéra être un scandale national. Anton Räderscheidt peint à cette  époque des tableaux qui expriment bien le désespoir et  l’effroi  dans lesquels vivaient les réfugiés. Les personnages enlacés l’un à l’autre, la peur dans le visage, les bras s’élèvent pour protéger la famille. Là où l’on attend un cœur c’est un trou qui apparaît comme pour simuler l’absence, le vide de tout sentiment (Rep.”Les Survivants  et” Les Apatrides”). Encore plus impressionnant le tableau : ”Le prisonnier”, la femme sans corps (Ilse Salberg), la main tendue pour se protéger de la brutalité masculine, dans l’arrière plan,  un homme apparaît derrière les barreaux de prison, l’homme aimé, Anton Räderscheidt, que l’on reconnait  à sa nuque caractéristique, célèbre dans ses tableaux des années 20,” La Nouvelle Objectivité”. A partir du 1erAoût 1941,  Ilse Salberg obtient un laisser passer lui donnant droit de retrouver Räderscheidt au camp. Elle en profite pour faire un reportage photographique sur la vie au Camp de Magliaso. Les photos retrouvées sont de précieux témoignages. Räderscheidt a illustré son tableau représentant les diverses scènes du déroulement de l’existence au Camp avec ce titre nostalgique” Une Patrie pour les Sans Patrie”. Une autre photo représente le Portrait du Commandant du Camp Kohler, peint par Räderscheidt.