Camp de Gurs

1936-1942

 

Le camp de Gurs fut le premier et le plus grand des camps créés en France avant la guerre. Il était situé au Pays Basque, dans le sud-ouest de la France, juste au sud du village de Gurs. Ce camp, situé à environ 80 km de la frontière espagnole, avait été installé au nord-ouest de la ville d'Oloron-Sainte-Marie, au pied des Pyrénées.

Le gouvernement français créa le camp de Gurs en avril 1939, pour interner les réfugiés espagnols qui arrivaient en masse en France après la chute de barcelone. Beaucoup de militants politiques et des membres des Brigades Internationales y furent enfermés.

Au début de l'année 1940, le gouvernement français interna environ 4 000 réfugiés juifs allemands considérés comme "étrangers ennemis". Après l'armistice de la France avec l'Allemagne signé en juin 1940, Gurs tomba sous l'autorité du nouveau gouvernement français, celui de Vichy, engagé dans la collaboration avec le Reich.

Les conditions dans le camp de Gurs étaient très rudimentaires. Le camp était surpeuplé et les gens y souffraient en permanence de pénurie d'eau, de nourriture et d'habillement. En 1940 et 1941, 800 détenus moururent des suites de maladies contagieuses, dont la typhoïde et la dysenterie.

En octobre 1940, les autorités allemandes déportèrent 7 500 Juifs d'Allemagne du Sud-Ouest vers la zone non-occupée de la France. Les officiels de Vichy les internèrent immédiatement à Gurs. Dans ce premier groupe, 1 710 Juifs furent finalement relâchés, 755 s'échappèrent, 1 940 purent émigrer, et 2 820 hommes furent enrôlés dans les bataillons de travail français.


Entre le 6 août 1942 et le 3 mars 1943, les autoriés de Vichy livrèrent 3 907 prisonniers juifs de Gurs aux Allemands, qui les envoyèrent au camp de transit de Drancy, dans la banlieue parisienne. A partir de Drancy, ils furent déportés en six convois vers les camps d'extermination situés en Pologne occupée, principalement vers Auschwitz.

Les autorités de Vichy fermèrent le camp de Gurs en novembre 1943. Au total, transitèrent par Gurs près de 22 000 prisonniers, dont plus de 12 000 étaient Juifs. Plus de 1 100 prisonniers moururent dans le camp. Ils furent enterrés dans le cimetière voisin. En 1944, Gurs fut brièvement rouvert pour y interner des prisonniers politiques et des résistants arrêtés par la police de Vichy. Après la libération de la France par les Alliés en août 1944, les autorités françaises utilisèrent Gurs pour y détenir des prisonniers de guerre allemands et des collaborateurs français. A la fin de l'année 1945, les autorités de la République française fermèrent définitivement le camp de Gurs.

Entre les deux guerres, la France fut l'une des nations les plus généreuses dans sa politique d'asile, ouvrant ses portes aux réfugiés juifs de Pologne, de Roumanie et d'Allemagne. A partir de 1938, cependant, le gouvernement français imposa des restrictions à l'immigration juive et mit en place des camps d'internement pour les réfugiés. Lorsque l'Allemagne vainquit la France en juin 1940, il y avait environ 350 000 Juifs dans le pays. La moitié étaient des étrangers, surtout des Polonais et des Roumains.

La France signa un Armistice avec l'Allemagne en juin 1940. Conformément aux termes de ce traité, le Nord de la France tomba directement sous occupation allemande ; les trois départements d'Alsace et de Moselle furent annexées à l'Allemagne. Le Sud de la France resta non-occupé et fut gouverné par une administration française dirigée par le maréchal Philippe Pétain, qui mit en place un nouveau régime politique, supprimant la République. Le régime de Pétain installa sa capitale dans la ville de Vichy. Officiellement neutre, la France de Vichy collabora en fait étroitement avec l'Allemagne.


Après la défaite de la France, le gouvernement de Vichy promulgua une législation antisémite, qui comprenait un "Statut des Juifs" adopté le 3 octobre 1940. Il fut remplacé, le 2 juin 1941, par un second plus rigoureux encore. Ce statut excluait les Juifs de la vie publique ; il exigeait leur démission des postes de la fonction publique, de l'armée, de la vie politique et des médias. Certains métiers, tel que celui de banquier, furent interdits.

Poursuivant et rattrapant les initiatives allemandes, Vichy mis en place un vaste programme d'"aryanisation". De nombreux Juifs furent laissés sans ressources. Les Juifs étrangers étaient particulièrement vulnérables. Des milliers de Juifs furent envoyés dans des camps d'internement tel que celui deGurs, près de la frontière espagnole, où certains moururent de faim. Les autorités allemandes déportèrent aussi 4 000 Juifs de Gurs vers Auschwitz. D'autres camps furent créés ailleurs en France, et parmi les camps importants dans lesquels les Juifs (surtout étrangers) furent internés, on peut citer ceux de Saint-Cyprien, de Rivesaltes, du Vernet et des Milles. Il existait aussi de nombreux autres camps plus petits.

Les préparatifs pour intégrer les Juifs d'Europe occidentale dans la "solution finale" commencèrent au début de l'année 1942. Les déportations à partir de France commencèrent dès le mois de mars. La police française rafla les Juifs, principalement ceux qui n'avaient pas la nationalité française, à la fois en zone occupée et en zone libre. Les 16 et 17 juillet, 13 000 Juifs furent arrêtés à Paris et internés pendant plusieurs jours au Vélodrome d'hiver (le Vel d'Hiv). De là, ils furent envoyés à Beaune-la-Rolande et à Drancy pour être finalement déportés vers Auschwitz. Dans toute la France, les Juifs furent rassemblés dans les camps, mis dans des wagons à bestiaux, et envoyés dans le camp de transit de Drancy, situé dans la banlieue nord-est de Paris. Plus de 60 convois distincts partirent de Drancy durant l'année 1942. La plupart de ces convois furent envoyés à Auschwitz-Birkenau. Drancy fut la dernière étape du voyage vers Auschwitz pour 76 000 Juifs déportés à partir de France.


Des milliers de Juifs s'enfuirent dans la région du Sud-Est de la France après l'occupation par l'armée italienne de territoires situés à l'est du Rhône à la fin 1942. Les autorités italiennes refusèrent de livrer les Juifs aux Allemands, malgré des demandes répétées. La zone italienne fut occupée par les Allemands en septembre 1943. Alors que de nombreux Juifs se trouvant en zone italienne étaient raflés par les Allemands après septembre 1943, des milliers d'autres parvinrent à se cacher ou à s'enfuir en Suisse.

La dernière déportation à partir de France vers Auschwitz eut lieu en août 1944. Pendant la guerre, 76 000 Juifs déportés de France furent assassinés dans les camps nazis. Parmi eux, un tiers étaient des citoyens français, et plus de 8 000 étaient des enfants de moins de 13 ans.

Les trois quarts des Juifs qui vivaient ou avaient trouvé refuge en France en 1939 parvinrent à survivre. Ce taux de survie élevé s'explique par de nombreux facteurs, dont la dispersion des Juifs dans de petites localités, une présence peu importante de la police allemande, et l'aide de nombreux non-Juifs.

Le débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, marqua le début de la libération du pays du régime de Vichy et la fin de la domination allemande. A la fin de l'année 1944, les forces alliées avaient libéré presque tout le territoire. Pour éviter d'être capturés, de nombreux ministres de Vichy et dirigeants de la collaboration s'enfuirent en Allemagne.


Anton Räderscheidt

Camp de femmes 1940

Gouache