La Ville Magique

1920-1937

 

En 2012, dans le cadre de la nouvelle édition de l’opération Lille 3000, le thème du fantastique sera le fil d’Ariane de nombreux événements programmés dans la métropole lilloise et l’Eurorégion. L’exposition La Ville magique, qui s’inscrit dans cette thématique, propose une plongée dans différents mythes urbains de l’entre-deux-guerres, au moment où la ville semble concentrer tous les phantasmes et toutes les craintes du monde occidental. Elle réunira environ 200 peintures, dessins, collages, photographies et films.

Dès la fin du XIXe siècle, la ville, perçue comme lieu de tous les possibles, tous les plaisirs, et toutes les innovations, devient chez certains artistes le personnage principal de quelque conte fantastique. Après la première Guerre mondiale, le phénomène se généralise et la ville moderne génère plusieurs mythes successifs, de New York à Paris, en passant par Berlin. Pendant quatre décennies, des artistes de tous horizons proposent leur vision de la métropole, tour à tour fascinante, étrange ou menaçante. Une inquiétante étrangeté hante les oeuvres de Giorgio De Chirico, René Magritte, Paul Delvaux, Edward Hopper, Georgia O’Keeffe, Victor Brauner, George Grosz, Anton Räderscheit, Carel Willink, Pyke Koch… et de la fine fleur de l’avant-garde photographique et cinématographique internationale (Brassaï, Ilse Bing, Louis Faurer, Heins Hajek-Halke, Raoul Hausmann, Lucien Hervé, André Kertész, Umbo… ainsi que René Clair, Howard Hawks, Fritz Lang, Walther Ruttmann, Charles Sheeler et Paul Strand, Dziga Vertov…)

L’exposition se structure autour de quatre mythes urbains particulièrement révélateurs de la façon dont la ville est perçue, ressentie et investie par ces artistes. New York, et singulièrement Manhattan, est perçue comme l’incarnation du sublime ; Metropolis révèle la grande ville comme une nouvelle Babel envoûtante et mécanique. De plus en plus détachée de la réalité, la ville surréaliste est vue comme le miroir de l’inconscient, le théâtre de la mémoire ; enfin, dans le roman et le film noir, la ville se transforme en énigme, le détective et le criminel se substituent au flâneur baudelairien.


METROPOLIS

S’inspirant tant de Manhattan que de la légendaire Babel, le célèbre film de Fritz Lang incarne aussi bien les dangers que les séductions de la civilisation urbaine. Ville tentaculaire, personnification d’un pouvoir mégalomane et injuste, Metropolis frappe également ses contemporains par la magie de son décor et de ses maquettes animées.

Dans cette nouvelle esthétique de la grande ville, l’art du montage, du découpage et du collage est fondamental. Il correspond au mode de croissance débridé et quelquefois anarchique des grandes capitales. Walter Ruttmann, Paul Citröen, Umbo, Erich Comerimer, Herbert Bayer, Marianne Brandt reconstruisent la métropole comme ils la perçoivent, sous forme de collages fragmentaires, débridés, aussi touffus et imprévisibles que la masse des citadins.

Il est significatif d’ailleurs que ce soit Sigfried Kracauer, journaliste allemand, qui se soit penché en 1927 sur l’esthétique des masses de population, ce qu’il nomme « l’ornement de la masse ».: « Le support des ornements, c’est la masse. […] Un flot de vie organique se déverse depuis les groupes liés par un même destin vers leurs ornements, qui apparaissent comme une magie nécessaire et sont tellement chargés de significations qu’ils ne se laissent pas réduire à la minceur de simples assemblages de lignes. » (L’Ornement de la masse, 1927). La foule, et ses ballets réglés par les activités citadines, se reflète indéfiniment comme derrière un kaléidoscope.

Indifférencié dans la masse, l’habitant de la ville finit par perdre son visage singulier (Anton Räderscheidt), jusqu’à être personnifié par des automates. Dans les oeuvres de George Grosz, Rudolf Schlichter, Rudolf Dischinger, la figure humaine devient aussi schématique et géométrique que le décor dans lequel elle évolue. Tout comme chez Raoul Hausmann, les architectes et ingénieurs qui construisent la ville sont eux-mêmes des personnages artificiels.

Herbert Bayer, Sandor Bortnyik, Marianne Brandt, Nikolaus Braun, Paul Citroen, Erich Comerimer, Rudolf Dischinger, Otto Dix, Georg Georg, Raoul Hausmann, Otto Hünte, Erich Kettelhut, Jeanne Mammen, Anton Räderscheidt, Max Radler, Walther Ruttmann, Rudolf Schlichter, Sasha Stone, Umbo (Otto Umbehr), Karl Völker, Horst Von Harbou.

Anton Räderscheidt
"Der Mann mit den gelben Handschuhen" 1921

huile sur bois 27 cm 18,5

Anton Räderscheidt
“Haus Nr. 9“ 1921
Huile sur bois              

… reviens à toi ô ma première félicité

la joie habite d’étranges cités

de nouvelles magies sont tombées sur la terre. »

(Giorgio de Chirico Salve Lutetia 1927)

La Ville magique

Septembre 2012- janvier 2013


LaM - Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut

Herbert Bayer, Lonely Metropolitan  1932

August Sander

Der Maler Anton Räderscheidt

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